dimanche 3 juin 2012

❛Disque❜ Christophe Rousset, Éditions Ambronay • Louis Marchand (1669-1732) & Jean-Philippe Rameau (1683-1764) à la lumière du clavecin de Pierre Donzelague

Ce disque peut être acheté ICI
Quelle merveilleuse idée que de nous faire partir à la découverte de ce clavecin lyonnais de Monsieur Donzelague !!!  Et quelle heureuse initiative que d'avoir choisi deux compositeurs ayant exercé à Lyon, Louis Marchand (1669-1732) et Jean-Philippe Rameau (1683-1764)... Le premier, avouons-le, est autrement moins fameux que le second ; son métier cependant n'en demeure pas moins exemplaire (1).

L'instrument, de prime abord... De Pierre Donzelague, facteur installé à Lyon en 1688, nous est offert ici l'un de ces clavecins de toute beauté qui firent sa gloire. En atout, un élargissement particulier vers le grave, apportant par là une ampleur que la tradition de la facture française du XVII° siècle ne connaissait pas encore. 

Quid de l'art du claveciniste lui-même ? C'est effectivement tout un art - un don, et un apostolat - que de faire sonner de tels joyaux... en parvenant à nous faire oublier leurs sonorités parfois métalliques, parfois sèches. (Comme ici d'ailleurs : à se demander si la prise de son est toujours à la hauteur au sein du catalogue Ambronay.) Des caractéristiques qui ont même pu, au cours de l'histoire du disque, en arriver à rebuter nombre de mélomanes ! Que tous les inquiets se rassurent : Christophe Rousset nous démontre, une fois de plus, son attachement viscéral à ces claviers ; vélocité, précision et cantabile étant, dans son toucher, fusionnels.

Louis Marchand (1669-1732)
Considérons Louis Marchand et ses deux Suites qui nous sont ici proposées. Rousset, grâce a ce clavecin a deux claviers, nous gratifie ici d'une de ses lectures toutes de finesse et de tendresse - nourries d'un son plein, non grêle, ne tombant jamais dans une espèce de "démonstration musicale" que ne manquerait pas de susciter un pareil outil.

De la sorte, le prélude de la Suite en Ré nous fait pénétrer de plain-pied dans le monde sensible de  l'orgue, dont Marchand fut un illustre maître. Louons par exemple la retenue dans le jeu de l'Aixois, laquelle ne retire rien, ni à l'émotion, ni à l'affectivité de l'écriture ! Ou encore, à l'opposé,  sa captivante célérité (Courante, Gigue ou Gavotte), et aussi une méditative majesté (Chaconne)... La Suite en Sol, comme les trois partitions qui la suivent, demeure nimbée de cette même atmosphère.


Jean-Philippe Rameau constitue dans le cursus de Rousset, nous le savons, un essentiel...  Que ce soit pour l'orchestre (Ouvertures avec Les Talens Lyriques, L'Oiseau-Lyre), pour l'opéra (Castor et Pollux ou Zoroastre en DVD, Opus Arte) ; ou pour le clavecin, précisément, l'amour de l'instrumentiste et chef d'orchestre envers l'auteur des Pièces en concert n'a jamais faibli. Et là encore, ne serait-ce que dans la seule Suite en La du Premier Livre, il nous démontre toute son intime intelligence de l'écriture du Dijonnais. 

Christophe Rousset jouant le Donzelague de 1716, © D. R.
Le Prélude de cette Suite - déjà si particulière du style ramiste, alors que son auteur n'en est qu'à sa première série - est ainsi abordé avec toute la tendresse nécessaire, laissant sonner le marteau jusqu'au bout de la note ; et même, parfois, s'installer le silence consubstantiel à la respiration de cette musique. Survient ensuite la virtuosité, non point tapageuse, pas le moins du monde ostentatoire - mais bien au contraire débordante d'une énergie de bâtisseur.


Notons que, si Rameau joué sur l'instrument de son temps nous séduit énormément, nous confessons  un penchant particulier envers les transcriptions "modernes", c'est à dire pianistiques d'Alexandre Tharaud. Et, cela va de soi, de Marcelle Meyer, dont nous disposons par bonheur de quelques enregistrements de 1925 à 1957 réédités en un seul coffret (Les Introuvables volume II, EMI)... Recueil magistral, à écouter, réécouter - savourer sans cesse !

En tout état de cause, voici un CD de bout en bout remarquable, nous laissant espérer que maestro Rousset nous offre encore d'autres perles du même acabit ; pourquoi pas une intégrale Rameau, sur ce fascinant clavecin ?... Qui sait ?

‣ Pièces à l'écoute simple, en bas de page  Louis Marchand, Sarabande de la Suite en Ré (Premier Livre) - Gigue de la Suite en Sol (Deuxième Livre) - Jean-Philippe Rameau, Allemande de la Suite en La (Premier Livre) ‣ © Ambronay Éditions 2012

(1) Natif de Lyon d'une famille d'organistes, grand organiste lui-même, mentor supposé de Louis-Claude Daquin, Louis Marchand figure çà et là dans les monographies comme s'étant soustrait à Dresde, en 1717, à une joute qui devait l'opposer à Jean-Sébastien Bach. Ce fait n'a pourtant jamais été attesté avec certitude. À souligner qu'en 1990 déjà, Blandine Verlet proposa (chez Auvidis) un disque de certaines de ses Pièces de Clavecin... sur le même Pierre Donzelague de 1716.


▸ Christophe Rousset, clavecin Pierre Donzelague 1716 : Louis Marchand • Jean-Philippe Rameau.
Louis Marchand (1669-1732) : Suite en ré, Suite en sol, trois Pièces  -
Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Suite en la du Premier Livre.

1 CD Ambronay Éditions pouvant être acheté ICI.



2 commentaires:

  1. Bonjour,
    Ma culture musicale classique est autodidacte et mon commentaire n'ait teinté d'aucun snobisme à écouter tel ou tel instrument.
    Ce document numérique autrement dit C.D. est vraiment extraordinaire à écouter. Il vous transportera dans tout les agréables contrées de votre âme et laissera en vous une volupté sans fin .
    Je le recommande à tous ceux et toutes celle qui aime le clavecin.
    Merci monsieur Rousset.

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    1. Bonjour, cher Sanmark !
      Je vous remercie de vous être attardé autour de cet article, au surplus de l'avoir commenté. :-)
      Pour l'heure, nous sommes tous des autodidactes sur 'Appoggiature' - et le snobisme serait bien la dernière des choses que j'aimerais y voir poindre, rassurez-vous.
      Des remarques telles que les vôtres valent toutes les chroniques/critiques, elle donnent l'envie... ce que nous souhaitons tous communiquer...
      Merci encore, très belle semaine et j'espère à bientôt sur ces colonnes.
      Musicalement vôtre !

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