Affichage des articles dont le libellé est Vivaldi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Vivaldi. Afficher tous les articles

vendredi 20 septembre 2013

❛Disque❜ Musiques à la Chabotterie : première incursion vivaldienne plutôt réussie pour la SIMPHONIE DU MARAIS et Hugo REYNE • Une flûte enchantée !

Un disque Musiques à la Chabotterie à acheter SUR LE SITE
Antonio VIVALDI (1678-1741, notre compositeur de l'année 2011) ne fut pas qu'un "simple" violoniste, son talent fût-il exceptionnel. Son art, servi par une fécondité légendaire, s'étendit à bien d'autres instruments, et ses Concertos très variés (n'en déplaise à Igor STRAVINSKY !) le démontrent à l'envi. Nous lui devons également de nombreux  - et fort beaux - opéras, ainsi qu'une production sacrée, là encore, aussi belle qu'impressionnante..

Né à Venise, VIVALDI, fils d'un barbier-violoniste engagé à la Basilique Saint Marc, ne peut que se tourner vers la musique, son père ayant décelé chez lui, dès son plus jeune âge, de réels dons... C'est à nouveau son père qui le pousse vers la prêtrise : c'est en 1703 qu'a lieu son ordination.

Ses premières œuvres:  un opus de douze Sonates en trio (op. 1) pour deux violons et basse continue. Cette première série de compositions, ainsi que la virtuosité que le Prêtre Roux affiche très tôt dans le maniement de son instrument fétiche, lui vaudront rapidement l’intérêt de nombreux artistes, compositeurs - et mécènes...

Intérieur de la Basilique Saint Marc, VENISE - © non précisé
Si la plupart de ses opus concertant sont dédiés au violon (op. 1 à 9, op. 11 et 12) ou au violoncelle (op. 14), VIVALDI n'en dédaigne pas moins les autres ressources mises à sa disposition, tels le basson, la mandoline ou la flûte...

Il dédie au total à cette dernière deux recueils, ceux de l'op. 10 pour flûte, cordes et basse continue et ceux de l'op.13, nommés Il Pastor Fido.

Hugo REYNE - flûtiste, hautboïste et chef d'orchestre (lire notre recension de ses Indes Galantes à La Chabotterie) - commence jeune l'apprentissage de son instrument. Première flûte des ARTS FLORISSANTS de William CHRISTIE de 1983 à 1996, il se produit aussi avec Frans BRÜGGEN, Philippe HERREWEGHE, Gustav LEONHARDT et Jordi SAVALL... C'est en 1987 qu'il fonde la SIMPHONIE DU MARAIS, ensemble "baroque" qui s'intéresse, d'abord, à la musique française (Rameau, Lully, Francœur, Rebel...) ; avant d'aborder d'autres compositeurs comme HÄNDEL, FIOCCO, KRÄHMER...

C'est la première fois qu'Hugo REYNE et sa phalange se tournent, au disque du moins, vers VIVALDI : comment s'étonner que ce soient les Concertos pour flûte qui aient été l'objet de leur choix ?

Photochrome du Grand Canal, VENISE - © non précisé
Pour ce premier voyage sur la Lagune, la SIMPHONIE DU MARAIS choisit d'offrir trois Concertos de l'op.10 (les n° 3 RV 428, n° 1 RV 433 et n° 2 RV 439), le Concerto RV 440, manuscrit entreposé à Turin, mais dont l’authenticité reste douteuse ; et datant de 1730, les Concertos RV 441, RV 108 et RV 565.

Antonio VIVALDI (1678-1741)
C'est avec plaisir que débute l'écoute de ce disque. Le fait de changer d'instrument en fonction des partitions (flûte allemande du XVIII° s. pour le RV 441, flûte alto pour le RV 433, etc) est une idée qui offre effectivement une diversité de couleurs, voire d'affects, fort bienvenue.

Mais pourquoi existe-t-il des passages parlés avant l'audition des pierres de touche que sont La Tempesta di Mare ou Il Gardellino ?

Le présent enregistrement n'a pourtant pas été réalisé en public ! Si cela avait été le cas, la présentation des œuvres à l'auditoire aurait pu s'avérer compréhensible. Pas en studio.

C'est là, malgré tout, le seul bémol que l'on pourrait reprocher à ce disque : la SIMPHONIE DU MARAIS apparaît ici sous son meilleur jour. Toutefois, j'eusse apprécié, peut-être, à côté de cette alacrité communicative, un soupçon de mystère dans l'op. 10 n° 2 - ou un brin de fantaisie supplémentaire au cours d'Il Gardellino...

Ces infimes réserves soldées, il est patent que ce nouveau produit du label "maison" Musiques à la Chabotterie, mérite d'intégrer le premier rayon des discothèques de tout vivaldien, et de tout amateur de baroque, qui se respecte.




 Antonio VIVALDI (1678-1741) - Six Concertos pour Flûte (RV 108, 428, 433, 439, 440[douteux], 441, 565).

‣ La SIMPHONIE DU MARAIS - Hugo REYNE, direction.

 Un disque Musiques à la Chabotterie pouvant être acheté  SUR LE SITE (02 51 42 19 39  & 06 15 83 91 40).

mardi 7 mai 2013

❛Disque❜ Naïve, Antonio Vivaldi, Il Pomo d'Oro, Dmitry Sinkovsky (violon), Concertos pour Pisendel • Lorsque la transcendance est une chanson si douce...

Un disque Naïve pouvant être acheté ICI
Nous ne pouvons commencer chaque article relatif à un disque Vivaldi remettant un tant soit peu "les compteurs à zéro" par l'éternelle citation du sarcasme bien connu d''Igor Stravinsky, selon qui le "Prêtre Roux" (1678-1741, notre compositeur de l'année 2011) aurait écrit "cinq cents fois le même concerto"... Et pourtant ! S'il est une exclamation à laisser jaillir à l'écoute de cet album faramineux, c'est bien : "Ô prince Igor, aurais-tu eu de la cire dans les oreilles ?" Taquinerie, bien sûr, puisque l'auteur du Rake's Progress, de la Symphonie de Psaumes - ou d'une pléthore d'autres merveilles consacrées - ne pouvait nullement imaginer la survenue future d'une démarche "historiquement informée" - encore moins l'intensification des recherches, découvertes, et remises à plat induites par cette dernière, lesquelles ont considérablement accéléré l'obsolescence de la discographie.

Reprenons par le commencement : Johann Georg Pisendel (1687-1755, portrait plus bas). De ces enfants nés coiffés dans des familles prédestinées, de  Cantors  en l'occurrence, tel Johann Sebastian Bach (1), nourri au bon lait violonistique de Giuseppe Torelli (1658-1709), ami de Georg Philipp Telemann (notre compositeur de l'année 2012) et Christoph Graupner. Le lien le plus important de la vie de Pisendel, ce fut précisément celui noué avec Antonio Vivaldi, qu'il fréquenta lors d'un séjour d'une année dans la Cité des Doges (1716-1717), à la suite de son employeur, l'Électeur de Saxe à Dresde (une ville que les vivaldiens connaissent assez bien, compte tenu du nombre de manuscrits et transcriptions du Vénitien laissés par son ami).

Dmitry Sinkovsky, violoniste et contre-ténor,  © non fourni
Une amitié fructueuse, qui déboucha sur quelques dédicaces à la mesure de la virtuosité, de renommée transfrontalière, du violoniste : cinq sonates, et de cinq à sept concertos recensés en faisant foi. La Vivaldi Édition de Naïve, entreprise depuis de longues années à partir du catalogue Tesori del Piemonte de feu le label Opus 111, a en réalité porté son choix sur certaines partitions (2), soit jouées par Pisendel à Venise, soit copiées (et bien sûr aménagées par lui) ultérieurement, dans sa ville d'origine. Études d'exécution transcendante pour le violon baroque, elles partagent avec Giuseppe Tartini (1692-1770) une écriture piégeuse, voire démoniaque, propre à mettre en valeur la maestria du soliste par la multiplication de difficultés de tous ordres tenant à célérité, aux rythmes, aux dynamiques - aux doubles cordes, aux ambitus acrobatiques...

Johann Georg Pisendel (1687-1755)
Le record en la matière tient dans la cadence du RV 212a en majeur (premier extrait proposé à l'écoute tout en bas), une variante pisendélienne rescapée des bombardements de Dresde du RV 212 créé à Padoue en 1712 ! Totalement de la main de Vivaldi, elle comporte des gammes ascendantes et descendantes de pure folie, culminant... au fa dièse⁶, ce qui laisse assez loin derrière le fameux mi "insoutenable" du Quatuor de ma vie de Bedrich Smetana (1876), la note la plus aiguë que nous ayons entendue jusqu'ici sur un violon. Ceci ne serait bien entendu qu'anecdote ostentatoire, si le compositeur n'avait littéralement truffé les autres opus - et pas seulement les cadences - d'écueils de semblable acabit... Ceci correspond parfaitement à la logique économique de l'art péninsulaire, visant un public en demande d'excentricités : le parallèle avec les surenchères des castrats napolitains coule de source (3).

Avons-nous dit castrat - ce que chantent aujourd'hui les contre-ténors, donc ? Comme c'est étrange ! Le héros du présent CD, le violoniste russe Dmitry Sinkovsky (photo plus haut) est aussi... contre-ténor, et de très bon niveau (voir ICI). Son pedigree épicé le rattache tout de même davantage à Pisendel qu'à Cafarelli ; et, en dépit de son âge plutôt tendre, impressionne par la nombre conséquent d'ensembles baroques qui le revendiquent comme leader (premier violon). Une profusion de talents qui le rapproche de Riccardo Minasi - autre archet de haut lignage -, fondateur des ensembles Musica Antiqua Roma et Il Pomo d'Oro (photo plus bas, celui-là même que nous entendons ici, à la tête duquel les deux virtuoses alternent). Toutefois, sur son Francesco Ruggeri de 1675, c'était Sinkovsky qui menait le bal, lors de la toute récente et très ensorcelante tournée de Joyce DiDonato, Drama Queens (photo ci-dessous) : pour avoir entendu le violoniste de près, au Théâtre des Champs-Élysées, nous pouvons attester d'une maturité et d'une autorité aussi fulgurantes que peut l'être sa jeune éloquence.

Dmitry Sinkovsky & Joyce DiDonato, Drama Queens au Théâtre des Champs-Élysées, 08/02/13, © Jacques Duffourg
Entre deux airs baroques, l'artiste avait choisi d'interpoler le RV 242 en mineur, placé dans l'enregistrement en cinquième position. Qu'était-ce ? Un aimable divertissement, un Vivaldi "à la découpe" de plus, pour ébaudir mollement l'auditoire le temps que l'éclatante diva récupère un peu ? Pas du tout ! Pour envoyer un tel coup dans la figure (audible ICI), après un Sposa son disprezzata (Giacomelli/Vivaldi) à décrocher la coupole, il fallait un peu mieux que de l'audace, de la technique et de la fougue... même les plus relevées. Sourire aux lèvres, ne faisant qu'une bouchée des traits les plus déments malgré l'absence de cadenza, le Moscovite avait ainsi cloué l'assistance par un aplomb peu banal. Disons-le : un charisme détonant de "swingueur", hybride échevelé entre le coureur de fond et le gendre idéal.

Boris Begelman, violoniste au Pomo d'Oro
Il y a chez lui plus permanent, et peut-être plus fort. Ramener, parmi d'autres, les "quatre V" - Vivaldi, Veracini, Valentini ou Vitali - à une pure débauche de difficulté ostentatoire n'a plus aucun sens de nos jours. De même que le bel canto (baroque ou romantique) n'est que vanité sans ses cantilènes de canto spianato à percer l'âme (d'une  autre difficulté que ses rodomontades)... comment donner sens à ces fusées, ces fontaines, ces cornes d'abondance vivaldiennes, sans ces Larghi ("largos", admettons) d'un lyrisme poétique incomparable, bien trop raffiné pour être remis à la vulgarité d'un coup d'archet larmoyant ? Dmitry Sinkovsky atteint, dans ces pages à nu, un stade de quintessence estomaquant : le garçon est non seulement d'une aisance technique hors du commun, mais encore d'une sensibilité très au-dessus de la moyenne. Preuve à l'appui : la fantasmagorie si évanescente du Largo du RV 242, celui-là même du concert et cinquième du recueil (deuxième extrait proposé tout en bas). Jamais la transcendance ne nous aura semblé être une chanson si douce.

Enfin - référence au Toscan Pietro Antonio Cesti (1623-1669) qui donna ce titre à l'un de ses opéras - la  non moins juvénile équipe d'Il Pomo d'Oro (Boris Begelman, déjà remarqué entre autres avec la Cappella Mediterranea, photo ci-dessus) se lance à ses côtés, sans complexe et toutes voiles dehors, à la conquête des océans naguère défiés par Giardino Armonico, Venice Baroque Orchestra et autres Concerto Italiano. Une magie devant beaucoup à un continuo hypnotique, où nous enchante, aux côtés des claviers d'Olga Watts et Maxim Emelyanychev, une guitare baroque et un archiluth amoureusement pincés par Luca Pianca. La prise de son de Jean-Daniel Noir et Marie Delorme mérite de pareils éloges, eu égard aux difficultés posées (et résolues) par les incessantes ruades du soliste dans le suraigu.

Il Pomo d'Oro, cette fois dirigé du premier violon par Riccardo Minasi (à l'extrême gauche), © non fourni
Avouerons-nous avoir écouté au moins quinze fois d'affilée ce disque ?... Le Carmignola version 2.0 serait-il arrivé ? Il serait Russe, son tempérament plaiderait pour un grand avenir - nous n'osons écrire "progrès". Dmitry Sinkovsky serait son nom.

‣ Pièces à l'écoute simple, en bas d'article  ① Concerto RV 212a en  majeur - 3) Allegro (avec la Cadence !)  ② Concerto RV 242 op.8 n°7 en  mineur - 2) Largo ‣ ③ Concerto RV 328 en sol mineur - 1) Allegro ‣ © Naïve Éditions 2013.

(1) Pisendel et Bach se connaissaient. Une conjecture est que le premier fut le dédicataire des célébrissimes Sonates et Partitas pour violon seul, BWV 1001 à 1006, du second.

(2) Successivement RV 177, 212a, 246, 370, 242, 379 et 328. Ce n'est pas la même chose, précisons-le, que de s'en tenir aux seuls exploits consignés par Vivaldi pour les exhibitions lagunaires de son ami. Mais qui se plaindra d'un tel remplissage ?

(3) Sous cet angle, la performance et l'intensité du plaisir sont en tout point comparables à ceux prodigués par l'album Opera Proibita de Cecilia Bartoli, autre démonstration de légende, au cours de laquelle le moyen savait se faire fin - et cela, jusqu'au vertige !


 Antonio Vivaldi (1678-1741) - Concerti per Violino, vol. V "per Pisendel" - Vivaldi Édition Naïve
Sette concerti, RV 177, 212a, 246, 370, 242, 379 et 328.

‣ Ensemble Il Pomo d'Oro, premier violon (Francesco Ruggeri, 1675) et direction : Dmitry Sinkovsky.
‣ Un disque Naïve pouvant être acheté ICI.

samedi 2 février 2013

❛Livre & Initiative❜ Venetian Centre for Baroque Music, Olivier Lexa • Donner à "la Sérénissime" les moyens d'honorer le défi de sa mémoire. ❛Coup de ❤ 2012

Un livre d'Olivier Lexa pouvant être acheté ICI
Soucieux de pédagogie, Olivier Lexa, directeur du Venetian Centre for Baroque Music (Centre de Musique Baroque de Venise) a souhaité faire partager la passion de sa ville au travers d'un livre (ci-contre) présentant l'histoire du baroque dans la Sérénissime. Une élégante brochure se présentant comme une topographie, atypique mais logique - pour tout dire : une promenade. Sous-titré Itinéraire musical de Monteverdi à Vivaldi, ce recueil de quelque deux cents pages s'articule telle une progression spirituelle. Ainsi nous propose-t-il de guider nos premiers pas vénitiens au long d'un itinéraire profane, avant les mener, par beaucoup de chemins de traverse, sur un itinéraire sacré. Entre les deux, comme un point de passage initiatique, se découvre un patrimoine mixte, mi-profane, mi-sacré, autour des fameux hospices (ospedali) et non moins célèbres écoles (scuole).

Au début de l'ouvrage, le lecteur est invité à découvrir successivement les théâtres d'opéra, les grandes demeures (case) et palais (palazzi) patriciens, les maisons de tailles plus modeste (casiniridotti), les ambassades... et la musique en plein air (musica all'aperto). Il est convié, à sa fin, à s'intéresser aux innombrables basiliques et églises (chiese), aux deux couvents et au ghetto juif (ghetto ebraico). Nous sommes très loin cependant d'un guide touristique, fût-il d'inspiration mélomane et de haute qualité littéraire ou iconographique - les nombreux clichés (en noir et blanc) sont d'Olivier Lexa lui-même. Hautement documenté et précis, ce parcours ne trouve son sens plein qu'adossé à la longue et riche introduction (quinze pages), qui enracine la naissance, au XVII° siècle, d'une musique vénitienne spécifique dans le contexte socio-économique et diplomatique des périodes écoulées.

Olivier Lexa, © non communiqué
L'auteur (ci-contre) s'attelle à montrer comment les rapports tendus, d'ordre religieux et politique, entre la Cité des Doges et la Ville Éternelle, ont pu contribuer à dissocier la pratique musicale de toute liturgie ou pompe ecclésiastique, pour aboutir à cette fameuse naissance de l'opéra. Non le genre en tant que tel - l'Euridice de Iacopo Peri (1600) fut florentin -, mais sa pratique sociale, vouée à devenir un référent culturel, voire identitaire : c'est le sens de l'ouverture (1637) à Venise du premier théâtre public payant, dédié à cet art nouveau et "total". En outre, Lexa prend soin de souligner comment, dans le domaine instrumental aussi, les abords de la Lagune furent fondateurs et précurseurs. C'est tout le prix artistique des deux Gabrieli (Andrea & Giovanni), ou Giovanni Legrenzi, qui, de fait, inventa la sonate en trio avant le Romain Corelli soi-même.

D'autres musiciens, plus ou moins connus du plus grand nombre, ponctuent ce retour sur les hauts lieux - profanes et sacrés - de leurs créations : entre Monteverdi et Vivaldi (l'un et l'autre violoniste) par conséquent, s'égrènent les noms de Cavalli, Albinoni, les frères Marcello, Marini, Galuppi... Des anecdotes, telles que la guerre des loges (guerra dei palchi), montrent à l'envi l'importance, pour les grandes familles de la ville, d'assurer non seulement leur divertissement, leur confort, leur train de vie - mais encore, de lutter sans merci contre l'influence des dynasties rivales. Renchérir sur les cachets extravagants des vedettes (dont les castrats) ne suffit pas, il importe aussi de s'abonner à l'année chez l'adversaire... afin de lui nuire, en laissant ostensiblement des loges vides ! La lecture s'agrémente d'instructifs apartés, comme ceux sur 'La finta pazza', modèle de l'opéra vénitien, ou Giacomo Torelli, inventeur de la scénographie moderne, ou encore Apostolo Zeno, la naissance de l'opera seria.

Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768) : Arrivée d'un ambassadeur français à Venise
Dans sa conclusion, le musicologue tente de répondre, avec beaucoup de poésie, à la question "Qu'est-ce que la musique vénitienne ?". Nous y aimons sa formulation de "musique de la lagune, musique de l'eau (...) simple, libre, spontanée, pleine de naturel, qui va droit au cœur". Ajoutons-y sans hésiter ces mots de Richard Wagner (mort le 13 février 1883, au Ca' Vendramin Calergi, aujourd'hui musée à sa mémoire), qu'Olivier Lexa cite lui-même en point d'orgue de son chapitre sur la barcarolle, ou chant des gondoliers : "Peut-être ces impressions, liées à Venise dans mon souvenir, m'ont-elles directement inspiré l'air plaintif du pâtre, au début du troisième acte de Tristan - en projet à ce moment".

 Pour acheter ce livre 
☞ ☞ ☞  ☜ ☜ ☜

Inauguré à l'été 2011, le Centre de Musique Baroque de Venise - dont le directeur artistique est Olivier Lexa (plus haut), un expert du domaine - œuvre, à l'instar d'autres institutions comparables telles son aîné de Versailles, dans des directions pluridisciplinaires. L'objectif présenté est de réhabiliter et faire mieux connaître les musiques de "l'âge d'or" de la Sérénissime, entre Monteverdi et Vivaldi. Parmi ses axes d'effort, un travail de documentation et de diffusion, ainsi que l'organisation d'un foisonnant festival annuel, mettant particulièrement en lumière les jeunes artistes. Concernant la saison 2012, la brochure programmatique est en ligne.

Le terme de "défi", employé dans notre titre - s'il n'a d'autre prétention que d'attirer l'œil sur la pertinence et la richesse de cette entreprise, en tentant (modestement) de la promouvoir - souhaite, également, mettre l'accent sur son courage.  Ce n'est certes pas le zénith budgétaire de nos politiques culturelles européennes qui l'a portée sur les fonts baptismaux...

San Giorgio Maggiore, vue depuis le Lido - © Jacques Duffourg
Ceci est particulièrement vrai pour l'Italie, où la nature atypique du mécénat ainsi que la raréfaction des financements publics rendent très aiguë la nécessité de communiquer, encore et toujours plus, en faveur de telles missions. Serait-on tenté de parler d'apostolat ? Dans ce contexte morose,  le VCBM, à l'énergie, a vu en 2012 son volume d'activité doubler - réussissant la performance de faire entrer le baroque au Teatro La Fenice, sous la forme de six concerts : une authentique première !

Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768) : La Pointe de la Douane
Le mélomane amateur de baroque - et même : le mélomane tout court - ne peut par conséquent que se féliciter de ces premiers résultats (centre, programmation... et bien entendu livre) ô combien prometteurs, dus à Olivier Lexa et à toutes les équipes impliquées. Et, bien sûr, les remercier de souhaiter ainsi rendre à la Cité des Doges une part illustre, redevenue vivante et féconde, de son incomparable héritage - sur laquelle, pourtant, il n'est que trop évident qu'elle s'était assoupie.

"Dans la première moitié du XVIIe siècle, Venise ouvre un nouveau chapitre de l’histoire de l’art : non seulement elle invente l’opéra public, mais elle donne également ses lettres de noblesse à la musique instrumentale. Pendant plus de cent-cinquante ans, la Sérénissime métamorphose l’art d’Euterpe. En prenant les noms des deux compositeurs qui ont inauguré et conclu cet âge d’or, la Fondazione Monteverdi Vivaldi propose de raconter une histoire écrite par de nombreux créateurs, émaillée de chefs d’œuvres auxquels Les Quatre Saisons font souvent de l’ombre. Centre de ressources et de diffusion, le Venetian Centre for Baroque Music mène un travail de fond dans les domaines de la recherche et de l’interprétation. Ponctuant les activités éditoriales, un festival international est programmé chaque année parallèlement à une académie de jeunes artistes, afin de redonner vie à des joyaux méconnus qui méritent de faire le tour du monde." (Présentation que fait de lui-même le Venetian Centre for Baroque Music, sur son site)


La Salute - © J. D.
Note importante : une partie de cet article (celle concernant le Centre, à l'exclusion de celle abordant le Livre) a été préalablement mise en ligne le 11 avril 2012. Nous avons fait le choix, en le complétant et en l'actualisant, d'en modifier temporairement - à des fins de visibilité - la date de parution.

‣ Pièces à l'écoute simple, en bas d'article  1. Claudio Monteverdi, Con che soavità (Libro Settimo dei Madrigali), Anne Sofie von Otter et Reinhardt Göbel, extrait du CD Lamenti, © Archiv Produktion, DG.  2. Antonio Vivaldi, Concerto per archi e basso continuo RV 128 (Allegro non molto), Giuliano Carmignola et Sonatori della Gioiosa Marca, extrait du CD Vivaldi-Farina, © Divox Antiqua.



 Le site du Centre de Musique Baroque de Venise.
 Un fort captivant entretien vidéo avec Olivier Lexa.
 Un non moins remarquable entretien écrit avec le même.

mardi 29 novembre 2011

❛Concert❜ Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 27/11/2011 • I Virtuosi Delle Muse, 'Quatre Saisons' sous le sceau du regain

Faire du neuf avec Le Quattro Stagioni, est-ce toujours du domaine du possible ? Voici quelques lustres, nous nous serions fait tirer par la manche pour répondre par l'affirmative ! Après tant et tant de relectures, peut-on encore relever le gant, à la manière audacieuse d'une Amandine Beyer... mais tout en étant encore différent ? Rien n'y invitait, à proprement parler.

Rien - si ce n'est, tout de même, une dilection vivaldienne marquée de la part du jeune ensemble I Virtuosi Delle Muse (ci-contre), auteur ici même le 28 avril dernier d'une prestation intéressante dans un rare Farnace. Le programme de ce dimanche était malheureusement amputé (cadrage horaire, sans doute) des Variazioni sulla Folia musculeuses et délétères qui furent fruits goûteux, parmi quelques autres, de sa dernière récolte estivale. Si les deux Concerti "introductifs", si originaux et volontiers rêveurs, se montrèrent bien plus que des hors d'œuvre, le projecteur était naturellement sur les Stagioni. Devenues avec les mois plus mûres, voire plus crues, maintes imitations agrestes y chantant comme autant d'affetti - en quelque sorte plus baroques, et surtout plus risquées, que nature.

Foin d'une vision romantisante de violoniste à ronds-de-jambe et d'orchestre-tapisserie. Ici, un soliste qui est aussi Konzertmeister, qui prend des initiatives (L'Autunno !), auxquels les autres intervenants (dont cinq violons) répondent sans esquive, improvisation au cœur. Par exemple, les deux fameux accords de l'alto (Largo de la Primavera) répétés ici jusqu'à l'obsession grimaçante, ou le glissando tellurique du clavecin ouvrant le Presto de l'Estate. Et, le plus abouti peut-être, un Largo de l'Inverno très allant, serpentin, sur pizzicati dansants ; sans mièvrerie aucune, de surcroît nanti d'un violoncelle aux sonorités boisées pleines de faconde. Repris en bis, avec messire cello pas moins bavard et inventif ; mais cette fois tout en pizzicati virtuoses. Le genre de petites touches qui font la différence.

‣ J. D.

lundi 29 août 2011

❛Concert❜ Aussi chantent-elles comme des anges • Le volontarisme historiciste de Geoffroy Jourdain et des 'Cris de Paris'.

Titre énigmatique, a priori, que celui qui coiffe le programme proposé par Geoffroy Jourdain et ses Cris de Paris en l'Abbatiale Saint Robert. Le talentueux et versatile chef de chœur, récemment investi dans des projets aussi contrastés que Cachafaz de Strasnoy ou Le Paradis Perdu de Dubois, s'en ouvre dans la plaquette programmatique. L’expression « aussi chantent-elles comme des anges » appartient à l'écrivain Charles de Brosses (1709-1777) au sujet des Hospices (Ospedali) de Venise : destinées à prodiguer aux filles nécessiteuses une solide pratique musicale, ces institutions sont devenues particulièrement illustres par l'une d'entre elles, l'Ospedale della Pietà, qui vit naître maints chefs d'œuvres de Vivaldi... pourtant portés à la notoriété par des ensembles mixtes.

La démarche de Jourdain consiste à faire chanter ce genre de partition par un effectif exclusivement féminin, conformément aux conditions de création. Également, à postuler que les manuscrits comportant d'explicites parties de ténors et basses ne visaient en fait qu'à assurer la circulation et la postérité des partitions, en-dehors des lieux pour lesquels elles furent écrites. Rien ne l'établit : mais puisqu'il s'agit d'un postulat, louons-en la vraisemblance et, plus encore, l'efficacité. Pour la première fois en effet – hors Juditha Triumphans bien sûr, essentiellement dévolu aux voix solistes –, il nous est ainsi donné d'entendre in vivo du Vivaldi sacré dans sa structuration chorale d'origine. Voilà ce qui s'appelle pousser dans ses derniers retranchements le souci de l'« historiquement informé » !


Pierre de touche de la musique religieuse du Prêtre roux, le Gloria en majeur RV589, précédé d'un intéressant Kyrie en sol mineur RV587 de forme archaïsante (une rareté, quoiqu'enregistrée dès 1974 par Corboz), nous est offert d'emblée avec une fraîcheur bienvenue, compte tenu du standard de tube – incluant ce que cela peut comporter de légère saturation... – qui s'y attache désormais. Cela tient au tempo initial, suffisamment nerveux, mais aussi assez contenu pour ne pas verser dans la tambourinade de circonstance. Dès l'Et in terra pax aux accents de Messe en si, cela provient encore de la plasticité des choristes : rarement écoute de l’œuvre aura plongé dans un tel mélange d'ésotérisme et de naturel. En outre, au delà de l'aggiornamento qu'impose l'étagement entre les seules voix féminines, l'oreille est subjuguée par le travail effectué sur les simples paroles latines ; tant certaines lectures saxonnes, ou simplement roides, nous avaient détournés ici de la doxologie la plus limpide. Quelles nobles et justes oraisons des solistes de surcroît, particulièrement au cours d'un Qui sedes tout de lumière !

L'autre pièce sacrée baroque, un Miserere en ut mineur du Napolitain d'adoption Johann Adolf Hasse (1699-1783), pour être moins convenue, ne nous a pas captivé de pareille manière. Pourtant, ainsi que s'en explique Jourdain, disposer de la partition originale d'un Ospedale – pour voix de femmes, donc – amenait aisément à l'inscrire à telle initiative philologique. Ses riches combinatoires entre les diverses parties, entrecoupées comme il se doit d'interventions en solo, le légitiment de même, tant elles permettent aux chanteuses des Cris de Paris de faire étalage de leur science. Las ! L'art est bien autre chose qu'un solide métier, et si celui de l'auteur de Cleofide lui valut en son temps l'admiration de l'Europe, il n'en subsiste plus guère, à notre sens, qu'un habile canevas de faiseur – le présent Miserere radotant à l'envi des aphorismes sinistres, fort loin d'une affliction propre à élever l'âme.

Deux compléments de concert laissent, dans une optique différente (car à chaque fois l'invention, au moins, y prévaut), dubitatifs. En fait, ce sont des pages sélectionnées avec une certaine habileté pour permettre à chaque phalange (vocale et instrumentale) de faire étalage de ses dons, indépendamment l'une de l'autre. Quelle est cependant la place chronologique de ces brefs Quatre chants d'enfants de Maurice Ohana (1914-1992) dans ce qui est un hommage aux Ospedali baroques ? Si leur belle facture ne peut souffrir de contestation, on se lasse assez vite des onomatopées requises par trois d'entre eux. Afin de valoriser l'orchestre, choisir au sein d'un parcours aussi sacré le vivaldien Concerto pour violon RV208 « Grand Mogol » paraît de même contestable, cette fois par l'esprit. La virtuosité sans faille, et justement applaudie, de l'élégant Yuki Koike ne peut gommer une forme d'exaspération à l'écoute de ces cadences aussi démesurées qu'inexpressives - surtout, crûment profanes !

Le sentiment global, à l'issue de cette savante plongée dans un univers choral, sinon angélique en tout cas strictement féminin, aurait pu s'en trouver mitigé. Si la juxtaposition hétéroclite précitée a, en effet, de quoi rendre perplexe, il est, à rebours, impossible de ne pas admirer l'accomplissement technique, comme la parfaite pertinence du travail historique des Cris de Paris et de leur chef. C'est évidemment cet aspect que nous voudrons retenir.

 un texte de Jacques Duffourg.

 L'article original publié sur Anaclase peut être lu ICI.

 23 août 2011, La Chaise-Dieu, Abbatiale Sainnt-Robert - "Aussi chantent-elles comme des anges",
un programme proposé par Geoffroy Jourdain avec Les Cris de Paris -
Vivaldi : Kyrie en sol mineur, Gloria en majeur, Concerto pour violon "Grand Mogol" -
Hasse : Miserere en ut mineur - Ohana : Quatre chants d'enfants.

 ▸ À consulter avec profit, le site des Cris de Paris.

▸ Crédits iconographiques - Geoffroy Jourdain par Jean-Baptiste Millot (pour Qobuz.com) - Venise, Riva degli Schiavoni par le Canaletto (1697-1768) - Caricature d'Antonio Vivaldi.

lundi 25 juillet 2011

❛Concert❜ Festival du Mont-Banc, I Virtuosi Delle Muse • La Méditerranée : mythes, héros... et sortilèges.

Mare Nostrum, la Méditerranée : tout un programme !
 Comment accoster à de tels ports sans rebattre les cartes convenues, accumuler les redites, étaler les poncifs ? S'agit-il de compiler des musiques natives de ce bassin – et ici, on parle d'Italie –, ou de s'ouvrir à une inspiration plus large, à vague connotation méridionale ? Étalée sur les deux siècles baroques, de Marini à Porpora, la charpente proposée par le claveciniste Stefano Molardi et I Virtuosi delle Muse (en petite formation de tournée : clavier, deux violons, alto, violoncelle, contrebasse, théorbe) défend la première option ; seul Purcell est sans rapport connu avec la Péninsule, mais rattaché au flux ultramontain par le nom même de sa Ciaccona. Comme le titre générique Mythes et Héros le laisse supposer, la mythologie la plus épicée y revendique une large place : de Polyphème à Vénus, ou de Médée à Télémaque. Le parcours, écrivons même la traversée, s'organise finement, de précieuses trouvailles encadrant un tube central, ô combien maritime, le Son qual nave de Broschi.

Le plus grand péril de cette aria di bravura désormais fameuse n'est peut-être plus sa transcendante technique vocale... mais certain statut de faire-valoir pour gosiers en mal de Farinelli attitude ; de là, paradoxalement, une éventuelle étiquette de facilité. À Raffaella Milanesi de réfuter cette dernière, ce dont elle s'acquitte avec une crâne audace et un panache certain. S'il est permis d'y préférer davantage de staccato, une vocalité plus franchement napolitaine que mozartienne (cœur de métier du soprano romain), il n'est en revanche pas possible de résister à la volute troublante – et de durée raisonnable – de sa messa di voce en reprise. Atout supplémentaire, une volubilité rhétorique en parfait écho à des dynamiques instrumentales drues, d'autant plus ébouriffantes que l'effectif est limité.

Un show relevé par une gestique appuyée mais pleine de goût, poses élégantes plutôt que postures, en seyante harmonie avec le decorum (et l'iconographie sulpicienne) du lieu. C'est toutefois dans l'aria dolente que le matériau capiteux, la variété d'inflexion, le sens du mot et le legato souverain de la cantatrice déploient leur meilleur. L'Alto Giove de Porpora (autre pierre de touche, religieusement phrasée), les camées raffinés de Cesti ou la fière Medea de Cavalli font ainsi mouche ; et c'est de Cavalli encore, par l'Ercole amante, que vient la commotion la plus vive. L'exceptionnel recitar cantando de Deianira, Misera, ohimè, offre à Milanesi, en sus des qualités précitées, des graves intéressants et, partant, une grandeur tragique – la vraie, à la pointe sèche, sans la moindre esbroufe – que véritablement nous n'avons connue qu'à très peu d'autres. Mémorable magie !

Charme toujours : au lieu d'accompagnateurs, voici d'authentiques partenaires. Nullement en retrait, mais en continuel échange avec la soliste. Cas d'école pour le Telemaco de Scarlatti, déploration à nouveau (et de quelle hauteur), bien plus musique de chambreavec voix que simple bel canto. Confiée à de tels orfèvres, la partie instrumentale du concert n'est pas moins fastueuse. Quand trois œuvres dix-septiémistes pour deux violons et basse (Matteis, Marini et surtout Uccellini, enivrante Bergamasca) permettent à Jonathan Guyonnet et Paolo Cantamessa de cultiver leur virtuose complémentarité, c'est Purcell qui rafle la mise, au cours d'une poignante Ciaccona, dont l'anxieux sol mineur et l'ostinato obsédant sont développés avec un sens du jouer ensemble qui se passe de mots. Moins pathétique, mais non moins foisonnant, le Vivaldi des Variazioni sulla Follia lui dispute son statut – quoique sa lecture puissante et didactique, taquinée par le septentrion, rappelle que le turbulent rouquin vit plus souvent de ses fenêtres l'Adriatique que la Méditerranée.

Et si cette Méditerranée hypnotique soutirée à l'extravagant Kircher n'était que le révélateur d'un singulier algorithme ? I Virtuosi delle Muse, c'est assurément une pâte sonore particulière, ductile et volontiers crue, qu'un Farnace vivaldien d'une innovante séduction illustrait à Paris . N'y sont pas étrangères des individualités fortes qui savent prendre des risques, parmi lesquelles l'inventif contrebassiste-barde Ludovic Coutineau ou, au théorbe, Michele Pasotti dont les vigoureux mais dosés sforzandi sont un théâtre à eux seuls.

C'est également le spectacle, tout de rigueur poétique, du couplage rythme/mélodie qui fédère les deux fondateurs, Molardi et Guyonnet. Si leur déjà longue pratique commune ne peut qu'évoquer les Hogwood et Schröder de la première Academy of Ancient Music, elle s'illumine, au détour de quelque trait, d'un regard intensément complice du premier violon ou d'un imperceptible mouvement d'index du claveciniste. Direction bicéphale au doigt et à l'œil ? Mieux : connivence. Le plus sûr chemin de la rhétorique à l'incantation – et, pourquoi pas, au mythe.

 L'article original publié sur Anaclase peut être lu ICI.

Église de Cordon (Haute-Savoie), 17 juillet 2011 - Mythes et héros méditerranéens,
un programme d'I Virtuosi Delle Muse avec Raffaella Milanesi :
Matteis, Kircher, Uccellini, Vivaldi, Purcell, Scarlatti A., Cesti, Porpora... -
Jonathan Guyonnet, premier violon - Stefano Molardi, clavecin et direction.

À consulter avec profit, le site d'I Virtuosi Delle Muse.

Crédits iconographiques - Raffaella Milanesi & I Virtuosi Delle Muse : Jean Marc Barey, Festival du Baroque du Pays du Mont Blanc - Église de Cordon en hiver : www.eglise-cordon.fr.