dimanche 27 octobre 2013

❛Concert❜ LES AGRÉMENS, Chœur de Namur, Guy VAN WAAS, Versailles • GRÉTRY, La Caravane du Caire... Fortes satisfactions, notables regrets.

André-Ernest-Modeste GRÉTRY (1741-1813) - Source non précisée
Inlassablement et pertinemment, le Palazzetto Bru Zane de VENISE et le Centre de Musique Baroque de VERSAILLES poursuivent leur grand œuvre de réhabilitation de pans entiers de répertoire français, en particulier lyriques ! Lorsqu'un millésime appelle une commémoration telle qu'un bicentenaire - celui d'André-Ernest-Modeste GRÉTRY (1741-1813) en l'occurrence (1) - il y a d'autant plus lieu de se réjouir... que des Grandes Journées Grétry récentes (2009) ont permis de replacer sur le devant de la scène au moins trois compositions de haute volée... À savoir, en plus de Zémir et Azor ou autre Richard Cœur de Lion (voire l'excellent Pierre le Grand), déjà diversement repérés : L'Amant jaloux, Céphale & Procris - et, surtout, Andromaque.

La Caravane du Caire est un opéra-ballet en trois actes, de veine comique, sur un livret de MOREL DE CHÉDEVILLE, postérieur aux trois précités, créé à FONTAINEBLEAU le 30 octobre 1783... il y a de cela pratiquement deux cent trente ans, jour pour jour. La chronique mentionne quel considérable succès artistique et financier sanctionna cette partition, que l'Académie de Musique fit jouer cinq cents fois pendant près d'un demi-siècle (jusqu'en 1829).

Discographiquement parlant, une gravure convoquant une distribution de haut vol avait marqué - cette fois pour le deux-cent-cinquantenaire de la naissance de GRÉTRY en 1991 - l'itinéraire d'un jeune chef "baroqueux"... du nom de Marc MINKOWSKI. Réédité en 2008, cet enregistrement présente la particularité d'associer déjà le CHŒUR DE CHAMBRE DE NAMUR... et le label Ricercar, lequel sera à nouveau en charge de la  présente version VAN WAAS, prochainement commercialisée.

Cyrille DUBOIS, ténor - © d'après son site
Si l'idée même de l'opéra-ballet, genre léger, et ici d'inspiration exotique, ne peut que faire songer au sommet du genre que sont Les Indes Galantes (1735-1736) de Jean-Philippe RAMEAU, la conjonction du sujet et de la date renvoient d'évidence à un autre chef d'œuvre orientalisant, d'un peu plus d'un an antérieur, L'Enlèvement au Sérail (Die Entführung aus dem Serail, Vienne, 1782) de Wolfgang-Amadeus MOZART. La "démonstration" vidéo (par ailleurs convaincante) de Jérémie RHORER quant à la probable influence de L'Amant jaloux sur Le Nozze di Figaro est désormais connue : reste à savoir dans quelle mesure La Caravane du Caire a pu s'inspirer de L'Enlèvement, tant sont frappantes certaines similitudes ; en premier lieu le fameux Air de l'Esclave italienne, très démarqué du Marten aller Arten de Konstanze.

Quoi qu'il en soit, le parallèle entre les deux ne va guère au-delà de la forme... tant il est frappant que cette Caravane, qui se meut sensiblement en-deçà du GRÉTRY que nous aimons (celui du merveilleux Amant en particulier) ne peut entretenir que des rapports de ce type avec MOZART. Outre le remarquable Air déjà signalé, pyrotechnique et concertant,  deux très beaux autres pour ténor et pour basse, une ou deux Marches et autant de Chœurs du meilleur aloi, l'Ouverture pleine d'alacrité et de couleurs - enfin, un Ensemble avec chœur très réussi, le cumul étant d'une durée mesurée, l'ensemble peine quelque peu à "décoller".

Paradoxe, le séquençage des airs - très brefs à l'image de ceux d'une Andromaque par exemple - serait un atout pour le rebond et la variété, tandis que le nombre important de protagonistes (neuf... plus trois "petits rôles" !) ouvrirait les plus riches perspectives combinatoires, gages de renouvellement. Ce n'est pourtant pas le cas. Certainement en cause, le surplace harmonique ; cependant, on retrouve ce défaut à l'envi chez un CHERUBINI... malgré cela on ne s'ennuie pas une minute dans une Lodoïska (2) ! D'une marche à l'autre, d'un air à l'autre, la coupe rythmique paraît, elle aussi, répétitive : travers qui aurait pu être (légèrement) reproché au récent Thésée de GOSSEC... au cours duquel, pourtant, ne prévaut pas un instant de fatigue.

Tassis CHRISTOYANNIS, baryton - © non communiqué
Le moins satisfaisant, peut-être : une certaine banalité mélodique qui s'installe au long d'ariettes... oubliables. Conjugué à un canevas assez pauvre, où les personnages ne sont que des pantins - voire des caricatures - parfois placés dans des situations rocambolesques, cette faiblesse annihile toute caractérisation a minima et présente le risque, à l'usage, de devenir lassant.

Quant aux forces artistiques réunies autour de ce projet, elles dispensent pour leur part un large éventail de ressentis, s'étageant de l'enthousiasme le plus franc, à quelques regrets singuliers. Dans la première catégorie, outre LES AGRÉMENS et Guy VAN WAAS, souples, félins, roboratifs comme à l'accoutumée (3), et bien sûr un CHŒUR DE CHAMBRE DE NAMUR digne de sa réputation, je range sans hésiter trois individualités vocales de premier plan, en mesure de dissiper, autant que faire se peut, quelque atonie aux aguets.

Chantal SANTON-JEFFERY, soprano - © VIMEO
D'abord - en charge du plus périlleux - Chantal SANTON-JEFFERY (Esclave italienne, ci-contre), phosphorescente, de grande sûreté technique et irrésistiblement drôle, apporte à l'auditoire un vertige bienvenu. À ses côtés, Tassis CHRISTOYANNIS (Florestan, ci-dessus) compense le minimalisme de son seul Acte III, par un aplomb incisif de seigneur et une variété de coloris tout à fait bluffante, confirmant ses hauts faits de Thésée et Andromaque. Enfin, l'excellent Cyrille DUBOIS (Saint-Phar, plus haut), caustique et bondissant, régale d'un matériau de ténor lyrique-léger extrêmement soyeux (4)... en toute logique destiné à la plus belle des carrières !

Reinoud VAN MECHELEN (Tamorin), splendide haute-contre remarquée d'Amadis en Indes Galantes, est l'auteur d'une bonne prestation ; néanmoins, son aisance coutumière semble avoir été corsetée par quelque environnement inhibant. Alain BUET (Husca) et Julien VÉRONÈSE (Le Pacha) sont eux aussi exempts de reproches... le second nommé ayant de surcroît de belles cordes de comédien à son arc. Les accessits sont donc loin d'être rares, et c'est tant mieux.

Toutefois, de par sa mission de défense du répertoire français, le Palazzetto Bru Zane - si régulièrement louangé en ces colonnes - ne peut plus s'exonérer d'un questionnement quant à l'idiome. En clair, quand ses superbes projets se construiront-ils autour d'équipes rompues à la prononciation de notre langue ? De Katia VELLETAZ (Zélime), de Jennifer BORGHI (Almaïde) ou de Caroline WEYNANTS (Esclave française), il m'a été impossible de comprendre plus d'un mot, à la rigueur deux ou trois, pendant tout l'opéra. Ce point regrettable ne semble pas conforme à l'ambition, à si juste titre élevée, d'une institution de référence.

Deuxième fâcherie, ces trois voix, bien que ténues, ne manquent pas de charme, mais sûrement de rondeur ou d'onction ; et c'est, là encore, dommage. WEYNANTS est sûrement la moins précautionneuse du lot : d'ailleurs, ses prestations avec le NAMUR et ALARCÓN m'ont constamment ravi ! Peut-être ce répertoire hexagonal lui sied-il moins. VELLETAZ en revanche, projette peu, manière volontiers et ne convainc pas toujours. Quant à la fidèle BORGHI - une bonne Médée dans Thésée -  elle dispose d'un matériau joli... mais dont l'acidité prononcée obère l'élégance du maintien.

Guy VAN WAAS, clarinettiste, organiste, chef d'orchestre - © Orchestre Philharmonique Royal de LIÈGE
Qu'en penser à l'arrivée ? À plusieurs reprises, je l'ai écrit, l'œuvre, vivante, parvient à séduire, à défaut d'enchanter. Malheureusement, des chutes de tension n'offrent à l'auditeur pas davantage de pérennité que l'iridescence d'une bulle de savon, dont les chromatismes s'évaporent dès son éclatement.

Sans doute un cast dépourvu de la moindre faiblesse aurait-il fourni le plaisir de revoir cette opinion à la hausse.



(1) Parmi les anniversaires de l'année 2013, outre Giuseppe VERDI, Richard WAGNER et donc A.-E.-M. GRÉTRY : citons Carlo GESUALDO, Paul HINDEMITH, Francis POULENC, Arcangelo CORELLI, Benjamin BRITTEN, Maurice OHANA...

(2) La mise en ligne sur ce site d'une chronique de l'enregistrement de Lodoïska par Jérémie RHORER (chez Ambroisie) est envisagée.

(3) Compte tenu de l'hégémonie des percussions dans La Caravane - les timbales sont pratiquement l'instrument principal ! - il convient de louanger sans réserve Kœn PLAETINCK, affairé quasiment en permanence. Non seulement timbalier d'une incroyable précision dynamique, il est encore employé au tambourin, à la caisse claire... avec le même brio.

(4) Difficile d'oublier la très haute qualité de l'Almaviva de ROSSINI (Il Barbiere di Siviglia), que Cyrille DUBOIS offrit presque au débotté, voici quelques mois au Théâtre des Champs-Élysées, en remplacement d'Antonino SIRAGUSA !


 VERSAILLES, Opéra Royal, 22 X 2013 :
La Caravane du Caire, opéra-ballet en trois actes d'André-Ernest-Modeste GRÉTRY (1783).

Katia VELLETAZ, Chantal SANTON-JEFFERY, Caroline WEYNANTS, Jennifer BORGHI, Cyrille DUBOIS,
Reinoud VAN MECHELEN, Julien VÉRONÈSE, Tassis CHRISTOYANNIS, Alain BUET
Julie CALBÈTE, Philippe FAVETTE, Anicet CASTEL.  

 CHŒUR DE CHAMBRE DE NAMUR, LES AGRÉMENS. Direction : Guy VAN WAAS.

lundi 14 octobre 2013

❛Concerts❜ XXXIV° Festival d'Ambronay (Week-end III) "la machine à rêves" • Grandes réussites de Sébastien, Paul et quelques autres... "A l'impero d'amore, chi non cederà ?"

‣ Nos autres chroniques de Festivals de l'été 2013 :
FLÂNERIES MUSICALES DE REIMS • VERSAILLES VOIX ROYALES  MUSIQUES À LA CHABOTTERIE ...

Le jeune ensemble RADIO ANTIQUA à la SALLE MONTEVERDI - © Bertrand PICHÈNE, CCR Ambronay
L'édition 2013 du Festival de Musique Baroque d'AMBRONAY a adopté jusqu'au 6 octobre, sous le nom de « machine à rêver », une thématique onirique qui sied à merveille à la passation de pouvoirs d'Alain BRUNET à Daniel BIZERAY. Ainsi que le directeur général sortant s'en ouvre dans sa présentation, le rêve, c'est ce "I have a dream" qu'il a conçu, nourri et développé pendant trente-quatre années, de la fondation, en 1980, à aujourd'hui. C'est - aussi - une très jolie façon de tirer sa révérence, en convoquant l'univers des possibles, par la boîte de Pandore que sont le conte, la fable et la la fantasmagorie. (1)

Le troisième week-end (sur quatre) était le plus approprié, sans doute, à cette fiction, puisqu'une « Nuit du Rêve » organisée à l'Abbatiale y a permis de découvrir un Concert Royal de la Nuit préparé par Sébastien DAUCÉ et son ENSEMBLE CORRESPONDANCES. Derrière lui, Belle comme la lune, un entrelacs de polyphonies Renaissance concocté par Lucien KANDEL et MUSICA NOVA : je reviens sur ce diptyque au sommet à la fin du présent article.

Enrico ONOFRI, Alessandro PALMERI, Luca GUGLIELMI - © Bertrand PICHÈNE, CCR Ambronay
Cette soirée fut précédée, Salle MONTEVERDI, d'un rituel "concert de dix-sept heures", dévolu comme il se doit à un jeune ensemble en résidence, en la circonstance RADIO ANTIQUA (Musique à la Cour de DRESDE, photographie de frontispice). Cinq étudiants du Conservatoire Royal de LA HAYE et de la Haute École de Musique de MUNICH (Lucia GIRAUDO, Isabel FAVILLA, Petr HAMOUZ, Giulio QUIRICI et Mariano BOGLIOLI) qui n'ont certes pas froid aux yeux, tant par la sélection de compositeurs fort rares, tels que REICHENAUER ou SCHAFFRATH, que par la mise en avant de partitions aussi redoutables que les Sonates Académiques de VERACINI.

Ces jeunes gens ont livré une prestation de qualité, particulièrement en ce qui concerne le basson très virtuose d'Isabel FAVILLA... par ailleurs flûtiste, et présentatrice des plus agréables (et souriantes ! ). VERACINI, par conséquent, les aura surtout mis en valeur - et pas seulement l'excellente violoniste Lucia GIRAUDO. En revanche, le Concerto de VIVALDI terminal m'a paru... on ne peut plus dispensable.

 Effets nocturnes à AMBRONAY - © Jacques DUFFOURG
Du VERACINI, il y en eut encore le lendemain, tôt, dans la même salle ; cette fois confié, sinon à un "vétéran", du moins à l'un des plus capés des violonistes baroques des dernières décennies, Enrico ONOFRI, accompagné par Alessandro PALMERI (violoncelle) et Luca GUGLIELMI (clavecin, photographie plus haut). Leur programme, déroulant en outre des CIMA, ROGNONI, CASTELLO, UCELLINI, CORELLI (troisième centenaire de la mort) et autres TARTINI, était sur le papier l'un des plus excitants de tout le Festival.

Or, la montagne a presque accouché d'une souris... Manifestement crispé (par une prestation trop matinale ?), et surtout desservi par une humidité à l'effet désastreux sur des cordes en boyau, le virtuose italien, tout lyrisme bridé, a même dû s'interrompre pour tenter - sans beaucoup de succès - d'améliorer un accord pour le moins fâcheux, après le Siciliano initial de la terrifiante Sonate "Trille du Diable", qui donnait son titre au concert. Une exhibition au demeurant honorable... mais tellement en-deçà des délices promises !

Robert MURRAY, Paul McCREESH, Nicholas HURNDALL SMITH, Ashley RICHES - © Bertrand PICHÈNE, CCR Amb.
C'est bien davantage le dimanche après-midi, à l'Abbatiale, qu'ont plu (terme de circonstance) les récompenses musicales. Du HÆNDEL, encore ?! En la circonstance, le masque Acis and Galatea de 1731, remploi partiel de l'Aci, Galatea e Polifemo romain de 1708 confiée aux forces des GABRIELI CONSORT & PLAYERS et Paul McCREESH (photographies ci-dessus et ci-dessous). Si McCREESH, depuis trois décennies, a su prouver tant en plus en matière hændélienne, j'avoue jusqu'ici être demeuré, de sa part, dans l'attente de la révélation absolue. Cet Acis, sans le moindre instant de relâchement, sans facilité et encore mois routine, pourrait bien en être une.

Première arme à la disposition du chef, son cast so british et si homogène. Pas forcément le plus renommé du monde - pour le moment  ! - mais, à l'épreuve de ce feu pastoral : superlatif. Bien que jouant partition à la main, ces chanteurs s'emploient à conférer un minimum de vitalité à la version de concert, par un jeu et des mimiques tout à fait plaisants, sans la moindre lourdeur.

Paul McCREESH & Mhairi LAWSON - © Bertrand PICHÈNE, CCR Ambronay
Mhairi LAWSON révèle une Galatée magnifique : voix piquante et bien projetée, timbre fruité, vocalisation impeccable, expressivité à revendre et gracieux maintien - rien ne lui manque. En Acis racé, lyrique à souhait mais jamais mièvre, Robert MURRAY ne lui cède en rien, digne héritier de ténors anglais aussi prestigieux que Stuart BURROWS, Philipp LANGRIDGE ou Anthony ROLFE JOHNSON.

Le juvénile "blondinet" Ashley RICHES campe un Polyphème crédible, dont les graves impressionnants ne contrarient en rien les truculentes (et séduisantes) menées graveleuses ; tandis que les deux autres ténors, particulièrement Simon WALL en fringant Damon, délivrent un chant aussi châtié que tendre. C'est à ce petit groupe de cinq protagonistes seulement - suivant en cela certaines préconisations documentées - que McCREESH confie la totalité des chœurs. C'est là sa seconde arme.

En effet, à l'image de ce que tente MINKOWSKI, suivant les indications de RIFKIN, dans les Passions de BACH, la modestie de l'effectif n'obère en rien la grandeur des "masses chorales" de HÆNDEL, en garantissant une lisibilité de parties optimale. À cet égard, le surnaturel et très contrapuntique Wretched lovers, l'une des plus belles pages jamais écrites par son auteur, constitue sans contredit le sommet d'une après-midi anglaise placée sous le signe de la réussite.

Sébastien DAUCÉ et les artistes de l'ENSEMBLE CORRESPONDANCES - © Bertrand PICHÈNE, CCR Ambronay
Réussite, triomphe même : c'est encore le mot adéquat pour qualifier le Concert Royal de la Nuit voulu et dirigé in loco, la veille au soir, par Sébastien DAUCÉ. En tant que chef d'orchestre et de chœur, il s'agit pour lui d'une première ambronaisienne (2). Son ENSEMBLE CORRESPONDANCES (photos ci-dessus et plus bas), fondé en 2008, s'est jusqu'ici illustré dans la musique française sacrée du XVII° siècle : Marc-Antoine CHARPENTIER, Antoine BOËSSET... À l'occasion de la sortie d'un nouveau disque CHARPENTIER, le Festival avait d'ailleurs programmé quelques jours auparavant, à l'église de PÉROUGES, les Motets pour la Maison de GUISE.

Concert Royal de la Nuit, qu'est-ce à dire ? Le jeune maître d'œuvre s'en explique, avec beaucoup de brio et de pédagogie, lors de la causerie préliminaire organisée à la Tour Dauphine. Il s'agit d'un ballet de cour, ici un grand divertissement aux ambitions politiques servies par des moyens quasi pharaoniques, organisé par MAZARIN en 1653 - soit vingt ans exactement avant la naissance de la tragédie en musique avec Cadmus et Hermione de LULLY - afin de sceller le ralliement au jeune souverain Louis XIV, des princes factieux de la Fronde.

Le Cardinal se donne les moyens de ses ambitions. Sont mandés les compositeurs Jean DE CAMBEFORT et Michel LAMBERT, le gourou ultramontain des machineries Giacomo TORELLI, le librettiste Isaac DE BENSERADE ; tous en charge de composer une pièce, jouée du crépuscule à l'aube, et consacrée, autour de quatre "Veilles", au merveilleux de la Nuit. Sébastien DAUCÉ, pour faire renaître ce merveilleux, s'est lui-même mué en magicien, compte tenu du peu de matériau parvenu jusqu'à nous (essentiellement, la partie de violon) ! Réécrivant les parties intermédiaires, il consolide, agence... et incorpore - exquise liberté - des extraits d'opéras italiens, contemporains et créés en France : Ercole amante (1662, CAVALLI) et Orfeo (1647, ROSSI). (3)

Sébastien DAUCÉ - Un cliché de Jean-Baptiste MILLOT, pour la plate-forme QOBUZ
Le résultat est au-dessus des plus hautes espérances. Pas seulement parce que nos fameux Goûts Réunis fonctionnent ici à plein, syncrétisme idéal entre ces superbes partitions cisalpines et transalpines. Il l'est aussi et surtout par la grâce d'un ensemble orchestral et vocal - et d'un chef - tout simplement exceptionnels. La seule gestuelle de DAUCÉ constitue en elle-même un étonnant poème lyrique. Raffinée, millimétrée, plastique voire sculpturale ; efficace et virevoltante, elle déborde d'amour envers les musiciens. Ah ! ce complice A l'impero d'amore chi non cederà ("qui ne cèdera au pouvoir de l'amour") de ROSSI, chanté à mi-voix avec le chœur des Driades...

Les autres intervenants ne sont pas en reste : quel aréopage, que cette vingtaine d'instrumentistes jouant comme un seul, sous la houlette du premier violon élégantissime de Béatrice LINON ! DAUCÉ prend soin de confier au moins une intervention d'avant-scène à chacun de ses dix (!) solistes/choristes (noms en pied d'article)... qui sont parmi les meilleurs que j'aie jamais entendu opérer dans un répertoire baroque.

Si tous, absolument tous, doivent être louangés, mention particulière à Lucile RICHARDOT, bas-dessus c'est à dire mezzo soprano, ébouriffante dans le monologue de la Vénus italienne ; et à Davy CORNILLOT, splendide taille (ténor) à qui est dévolu le souffle de l'Aurore, tirant, du velours de sa mezza voce, sa révérence - et la nôtre - à la Nuit.

Violaine LE CHENADEC, Sébastien DAUCÉ & CORRESPONDANCES - © Bertrand PICHÈNE, CCR Ambronay
La reprise magistrale d'A l'impero d'amore, en conclusion - ferveur digne des récentes grandes heures d'Ambronay, telles que le Diluvio Universale ou Nabucco - laissait peu de chances à Lucien KANDEL et MUSICA NOVA de pouvoir, à leur suite, rehausser l'enchantement.

Ces derniers sont au moins parvenus à le prolonger (ce qui n'est pas un mince compliment), au cours d'un programme Renaissance d'une rare intelligence, entremêlant la Missa assumpta est Maria de Giovanni Pierluigi da PALESTRINA, et des motets dédiés au Cantique des Cantiques signés du même PALESTRINA, de Roland de LASSUS et de Carlo GESUALDO.

Le raffinement parfois sévère de ces oraisons, moins passionnées qu'incantatoires, mais non point désincarnées, constituait le meilleur hommage possible, fût-ce a contrario, à l'exubérance de la Nuit louisquatorzienne. A l'impero di DAUCÉ chi non cederà ?

Le Cloître de l'Abbatiale d'AMBRONAY de nuit - © Jacques DUFFOURG


(1) Au sein d'une programmation très riche, relevons la présence de Leonardo García ALARCÓN (artiste en résidence), LA RÊVEUSE, Stéphanie D'OUSTRAC, William CHRISTIE, Christophe ROUSSET, Jordi SAVALL... et bien d'autres.

(2) "Mais certainement pas d'une dernière", pour reprendre la présentation du maître des lieux !

(3) Impossible de ne pas retranscrire la remarquable conclusion de Sébastien DAUCÉ soi-même : "Les juxtapositions et les miroirs qui composent ce Concert royal de la Nuit évoquent l'esthétique du début du Grand Siècle où le merveilleux côtoie le réel, où deux mondes coexistent sans que la raison en soit contrariée."

 AMBRONAY (Ain), "La Machine à Rêves", XXXIV° Festival de Musique Baroque, 28 & 29 IX 2013 :

• Musique à la Cour de DRESDE, un programme de l'Ensemble RADIO ANTIQUA.
• Concert Royal de la Nuit (première mondiale), un programme de l'Ensemble CORRESPONDANCES.
• Belle comme la Lune, un programme de l'Ensemble MUSICA NOVA.
• Le Trille du Diable, un programme de l'Ensemble IMAGINARIUM.
• Acis and Galatea, masque (1731) de G.-F. HÆNDEL, par le GABRIELI CONSORT & PLAYERS.

 RADIO ANTIQUA : Lucia GIRAUDO, Isabel FAVILLA, Petr HAMOUZ,
Giulio QUIRICI, Mariano BOGLIOLI.

 ENSEMBLE CORRESPONDANCES : Caroline MENG, Violaine LE CHENADEC, Caroline WEYNANTS,
Caroline DANGIN-BARDOT, Alice HABELLION, Lucile RICHARDOT, Stephen COLLARDELLE,
Davy CORNILLOT, Étienne BAZOLA, Paul-Henri VILA, Ensemble instrumental. Direction : Sébastien DAUCÉ.

 MUSICA NOVA : Christel BOIRON, Marie-Claude VALLIN, Xavier OLAGNE,
Thierry PETEAU, Marc BUSNEL. Chant & direction : Lucien KANDEL.

 ENSEMBLE IMAGINARIUM : Enrico ONOFRI, Alessandro PALMERI, Luca GUGLIELMI.

 GABRIELI CONSORT & PLAYERS :  Robert MURRAY, Mhairi LAWSON, Ashley RICHES,
Simon WALL, Nicholas HURNDALL SMITH, Ensemble instrumental. Direction : Paul McCREESH.


‣ Nos autres chroniques de Festivals de l'été 2013 :

mardi 8 octobre 2013

❛Concert❜ "Cantigas" (MACHAUT, STRAVINSKY, OHANA...) • Magistrale réussite du Chœur LUCE DEL CANTO & de Simon-Pierre BESTION au Musée de Cluny.

     L'affiche des deux concerts (8 & 9 octobre 2013)
Peut-être vous est-il arrivé de regretter du bout des lèvres les programmations talentueuses mais "sages" - entre Gloria de VIVALDI, Messe en ut de MOZART et Requiem de BRAHMS - souvent proposées à PARIS par des chœurs désireux de conquérir de nouveaux publics ? Dans un contexte économique toujours plus difficile pour les auditoires comme pour les jeunes artistes, c'est une prudence louable d'ailleurs, que nul n'aurait l'idée de reprocher à ces derniers.

Il en est pourtant qui jouent de manière méritante la carte du risque ! À plusieurs occasions sur ce site, il a été fait l'éloge des MÉTABOLES (notre ensemble de l'année 2012), dont les concerts de très haute tenue s'attellent toujours à honorer des musiciens contemporains (voire vivants), au sein de parcours éclectiques et transversaux. Ces audacieux devront désormais compter avec la concurrence...

Celle-ci a nom CHŒUR LUCE DEL CANTO : cette phalange a été fondée en 2008, par un tout jeune homme d'alors vingt ans, Simon-Pierre BESTION (photographie ci-dessous)... lequel avait déjà à son actif, un an auparavant, EUROPA BAROCCA. Parmi les items qu'il a développés dans "la note d'intention"qui accompagne la présentation du chœur, "Du sens avant tout" souligne l'importance primordiale conférée par le chef au texte. Le moins que l'on puisse dire, à l'écoute de ces Cantigas offert le 8 octobre dans la crypte du Musée de Cluny (reprises le 9 à l'église Saint Louis en l'Île), est que cette quête de sens n'est pas qu'affaire de déclamation.

Simon-Pierre BESTION, claveciniste, organiste, chef de chœur & d'orchestre - © Site Luce del Canto
De la même manière que pour leur projet Et tremble la Terre... - couvrant huit siècles français, de PÉROTIN à FLORENTZ - les LUCE DEL CANTO ont fait le choix, pour Cantigas, du grand écart temporel : pas moins de sept cents ans environ séparent les Cantigas de Santa Maria, attribuées au souverain ALPHONSE X le Sage (1220-1284), d'autres Cantigas, celles de Maurice OHANA (1913-1992, encore un centenaire, félicitations aux interprètes pour cet hommage). Et de la Messe d'Igor STRAVINSKY (1882-1971) à la fabuleuse Messe de Notre Dame de Guillaume de MACHAUT (c.1300-1377), il faut à peine moins remonter le temps !

Maurice OHANA (1913-1992)
Ce n'est pas, tant s'en faut, la première fois que des parallèles de concert sont établis entre des musiques du Moyen-Âge et certaines du XX° siècle, les compositeurs plus ou moins en rupture de ban étant aisément fascinés, si ce n'est inspirés, par ces temps reculés non encore convertis à la tonalité. Cependant, c'est une chose de juxtaposer... c'en est une autre de fusionner.

La fusion, c'est exactement ce à quoi procède Simon-Pierre BESTION. En effet, organisé en un double diptyque, le programme s'articule autour d'une seule Messe paritaire, les séquences de MACHAUT et STRAVINSKY (1948) y étant alternées ; et d'une Cantiga non moins hybride, combinant OHANA (1954) avec ALPHONSE le Sage. Quatorze instrumentistes complètent l'effectif choral pour les deux œuvres vingtiémistes.

Intellectuellement satisfaisante, une telle structuration ne court-elle pas le danger de demeurer une pure vue de l'esprit ? Pas le moins du monde ici, et c'est le premier atout  maître de la soirée : nul artifice, nul maniérisme, nulle approximation - mais rien d'autre qu'un flux cohérent et homogène, un continuum naturel, que le nécessaire contraste des styles n'entaille jamais comme un hiatus. Ceci est déjà vrai de MACHAUT à STRAVINSKY, le second n'ayant fait aucun mystère de sa dette envers l'élévation spirituelle des  grands créateurs moyenâgeux.

Igor STRAVINSKY (1882-1971)
C'est encore plus flagrant en deuxième partie. Si OHANA reconnaissait pareillement le tribut élevé qu'il devait payer au recueil des Cantigas de Santa Maria, certaines de ses déflagrations s'éloignent pour le moins du balancement de la mélopée alphonsienne. À ce stade intervient toute la fluidité (et l'exceptionnelle précision) de la direction de BESTION : sans cet alliage de sûreté et de souplesse, d'inventivité et de rigueur, cette alchimie capiteuse voire obsessionnelle, prodiguée sans parcimonie, serait peu ou prou restée dans les alambics du laboratoire.

Ce charisme est de toute manière partagé par l'ensemble de la troupe, instrumentistes compris, tous témoins et acteurs d'un travail acharné en amont. De l'entrée et de la sortie processionnelles, des dispositions "spatialisées" (choristes en avant-scène, en vis à vis, en fond de salle), des péroraisons magiques à bouche fermée, de ces pupitres fastueux, de ces solistes incantatoires (1) : difficile d'élire un point à louanger plus qu'un autre. L'effectif entier, qui est une ode à la jeunesse, tutoie déjà la perfection - et c'est encore un deuxième atout.

Il en est un troisième, déterminant. Non seulement l'imbrication des messes et des cantiques est le fruit d'une habileté suprême, mais encore - en une progression toute liturgique - LUCE DEL CANTO et Simon-Pierre BESTION font cheminer l'auditeur avec doigté, du sacrifice de l'Eucharistie à l'allégresse de la Nativité, cette dernière éclatant en pleine lumière, au cours de la Cantiga del Nacimiento conclusif.

Un concert- rédemption en quelque sorte ! "Du sens avant tout".


(1) À défaut de pouvoir citer tous les excellents choristes, louons certains d'entre eux, appelés comme solistes : Ellen GIACCONE, Marion THOMAS, Margaux TOQUÉ, sopranos ; Cécile BANQUEY, Mathilde GATOUILLAT, Virginie MEKONGO, Célia STROOM, altos ; Nicolas DROUET, Matthieu JUSTINE, Vivien SIMON, ténors ; Florent MARTIN, basse. À applaudir également, les brèves mais très belles interventions de Samuel ROUFFY, ténor, et de Cecil GALLOIS, alto masculin.




 PARIS, Musée de Cluny, 8 X 2013 :
Guillaume de MACHAUT (c.1300-1377) : Messe de Notre Dame - Igor STRAVINSKY (1882-1971) : Messe -
ALPHONSE X  le Sage (1220-1284) : Cantigas de Santa Maria - Maurice OHANA (1913-1992) : Cantigas.

‣ CHŒUR LUCE DEL CANTOENSEMBLE INSTRUMENTAL,
Direction : Simon-Pierre BESTION.

vendredi 4 octobre 2013

❛Disque❜ Indésens, Solenne PAÏDASSI & Laurent WAGSCHAL • Dans l'intimité d'un magnifique concert à ILLIERS COMBRAY, en compagnie de M. de VINTEUIL...

Un disque Indésens pouvant être acheté ICI
Redoutable programme, que celui qui nous est proposé dans ce nouveau disque du label Indésens... Effectivement, les Sonates regroupées ici - notamment celle de César FRANCK (1822-1890) - ont tenté les plus grands archets, et ce, presque depuis les débuts du gramophone et autres cires, ou rouleaux. Et si elles les ont tentés, le moins que l'on puisse dire est que les réussites sont légion !

Redoutable encore, car les deux solistes ici présentés (portraits plus bas), s'ils ont déjà foulé les plus grandes scènes internationales, en y remportant de vrais succès, n'en sont pas moins à l'orée de leurs carrières. Surtout Solenne PAÏDASSI, qui n'est présente que sur un DVD, y jouant le troisième Concerto de Camille SAINT-SAËNS (déjà !) ; Laurent WAGSCHAL quant à lui ayant déjà une bonne quinzaine de disques à son actif : musique de chambre de Maurice EMMANUEL, Gabriel PIERNÉ (tiens donc), Camille SAINT-SAËNS, Gabriel FAURÉ, Jean CRAS, Claude DEBUSSY - ou Florent SCHMITT...

Marcel PROUST (1871-1922) (Jacques-Émille BLANCHE)
Redoutable enfin... car comment ne pas avoir à l'esprit l'univers proustien et la fameuse Sonate du compositeur VINTEUIL, lequel vient la jouer chez les VERDURIN, Madame tenant salon après avoir rencontré un succès parisien plus qu'honorable... C'est dans Un Amour de Swann (À la recherche du temps perdu) que cette Sonate accompagne les sentiments de Swann et d'Odette. Celle de FRANCK est présentée en tant que l'un de ses modèles... même si Marcel PROUST (ci-contre) n'a jamais confirmé – ou infirmé – cette assertion, et même si d'aucuns y ont plutôt reconnu la Sonate op. 75 de Camille SAINT-SAËNS, tout comme d'autres y ont entendu Gabriel FAURÉ).

The Art of Violin, voilà ce qui est inscrit au frontispice de ce disque : c'est un comble pour un disque censé célébrer l'école franco-belge de violon ! et pourquoi pas l'Art du Violon ? Pour autant, il est indéniable que ces trois Sonates - ainsi que la fameuse Méditation tirée de l'opéra Thaïs de Jules MASSENET (1842-1912) - incarnent la quintessence de cet art violonistique de la fin du XIX° et début du XX° siècles. Et, ainsi que PROUST nous le fait comprendre lui même à travers la Sonate de Monsieur de Vinteuil, elles sont l'archétype de la sonate pour piano et violon ; genre qui, de BEETHOVEN à SCHUMANN en passant par BRAHMS, de FAURÉ à YSAŸE jusqu'à DEBUSSY et RAVEL, a vu naître tant de chefs d’œuvre.

Solenne PAÏDASSI, © d'après son site
C'est avec un classicisme "naturel" et confondant de facilité que les deux instrumentistes abordent et mènent à leur terme les partitions offertes par cet enregistrement.

Que l'on me comprenne bien. Employant le mot de classicisme, j'évoque toutes les qualités de la grande école de violon française, représentée par Christian FERRAS, Jacques THIBAUD, Ginette NEVEU, Pierre AMOYAL, Gérard POULET, Augustin DUMAY... ou, plus récemment, Laurent KORCIA, Renaud CAPUÇON - sans omettre, par assimilation, le Belge Arthur GRUMIAUX.

Justement notoire, la Sonate de César FRANCK revendique une discographie huppée, où brillent de magnifiques témoignages : Christian FERRAS & Pierre BARBIZET, Jean HUBEAU & Olivier CHARLIER, Jacques THIBAUD & Alfred CORTOT, Yehudi & Hephzibah MENUHIN, Itzakh PERLMAN & Martha ARGERICH, David OÏSTRAKH & Svjatoslav RICHTER... Celle de SAINT-SAËNS (1835-1921) l'est un peu moins, ce qui n'a pas empêché Jean-Jacques KANTOROW & Jacques ROUVIER,  Gérard POULET & Noël LEE, Jean HUBEAU & Olivier CHARLIER... de s'y montrer à leur meilleur. Au service de l'une ou de l'autre, PAÏDASSI et WAGSCHAL ne rougissent à aucun moment face à de tels parrainages.

La découverte nous vient du merveilleux Gabriel PIERNÉ (1863-1937), un ami de DEBUSSY et disciple de FRANCK et MASSENET ! Relativement connus sont Cydalise et le Chèvre-pied, ballet panthéiste, les Paysages franciscains, ou encore le Quintette pour piano et cordes. Sa Sonate opus 36 est en effet une exquise rareté, dont le positionnement aux côtés de celles de ses aînés témoigne d'un goût particulièrement bienvenu.

Laurent WAGSCHAL, © Nikos SAMALTANOS
Dés les premières mesures de la Sonate de SAINT-SAËNS, le ton - magistral - est donné. Servie par une remarquable prise de son, la complicité des deux artistes ne se dément pas tout au long des douze plages d'un disque passionnant de bout en bout. Tour à tour rêveur et très tendre (SAINT-SAËNS), enthousiaste mais profondément lyrique (PIERNÉ) : plusieurs écoutes ne parvenant pas à percer tous les secrets de ses charmes.

Le jeu de Solenne PAÏDASSI et Laurent WAGSCHAL a ceci d'équilibré qu'il n'est ni "trop virtuose" (surtout chez FRANCK dont l'écriture peut parfois donner au soliste des idées démonstratives qui n'ont pas lieu d'être ici) ni "trop romantique" (la Méditation de Thaïs est, en ce sens, un écueil que certains violonistes n'évitent pas, transformant en guimauve une pièce qui, jouée sans mesure, peut aisément tomber dans ce travers)...

Ceci suscite grandement l'envie que ces deux acolytes inspirés - à l'instar d'HASKIL avec GRUMIAUX, d'OÏSTRAKH avec BAUER ou de FERRAS avec BARBIZET - nous guident encore pas à pas dans cet univers incantatoire ; qui sait avec des FAURÉ, LEKEU, et autres ROUSSEL ?

L'un et l'autre ont d'évidence tellement d'autres trésors à nous faire partager !


 Pièces à l'écoute simple (lecteur tout en bas de l'article)  ① Sonate de SAINT-SAËNS : Adagio ② Sonate de PIERNÉ : Allegretto   Sonate de FRANCK : Recitativo Fantasia ‣ © Label Indésens 2013.


 Camille SAINT-SAËNS (1835-1921) : Sonate - Gabriel PIERNÉ (1863-1937) : Sonate -
César FRANCK (1822-1890) : Sonate - Jules MASSENET (1842-1912) : Méditation de Thaïs.

 Solenne PAÏDASSI, violon - Laurent WAGSCHAL, piano.

 Un disque Indésens pouvant être acheté ICI.