vendredi 7 décembre 2012

❛Disque❜ Label Hérisson, Joseph Haydn selon Mathieu Dupouy, piano-forte
Défavorable : Dernières sonates & variations : grisaille et égarements...

Un disque Hérisson pouvant être acheté ICI

Joseph Haydn fut ce qu'on peut appeler un compositeur prolifique. Né en 1732 en Autriche, grand ami de Mozart, il livra effectivement à la postérité quelque cent quatre symphonies, quatre-vingt-trois quatuors à cordes, de nombreux trios (trente-et-un pour cordes et cent vingt-six pour baryton), treize opéras, des musiques religieuses (quatorze messes, trois oratorios, un Stabat Mater...), et, bien sûr, soixante-deux sonates et plusieurs variations pour le clavier.

Jusque dans les années 1780, le compositeur attitré d'Esterhàzy écrit sans que le choix de ce type d'instrument paraisse déterminant : clavicorde,  clavecin, ou piano-forte. Après cette date, son choix se portera plus souvent vers ce qu'on pourrait appeler les premiers 'pianos modernes' anglais, dont les pianos Broadwood qui disposaient de cinq octaves et demie (contre cinq pour leurs homologues de Vienne). Le présent et ultime triptyque londonien comporte les sonates Hob.XVI:50, 51 et 52 - respectivement en ut majeur,   majeur et mi bémol majeur.

Mathieu Dupouy, qui a étudié au CNSM de Paris, où il a obtenu les premiers prix de clavecin et de basse continue, choisi de nous présenter ces ultimes sonates londoniennes sur un piano-forte du facteur praguois Jakob Weimes des alentours de 1807, en parfait état de conservation.

Mathieu Dupouy, http://www.musikfestspiele-potsdam.de/
Ces trois sonates sont écrites dans un style très novateur dû, sans doute, à l'usage de ce fameux piano Broadwood ; même si, comme le rappelle fort bien l'interprète dans son texte d'introduction, Haydn n'utilise effectivement pas toute l'étendue du clavier, mais demeure dans la gamme déjà utilisée pour ses sonates antérieures... Cette écriture sur cinq octaves rapproche d'ailleurs étrangement, en dépit de leur tropisme "symphonique", ces partitions de leurs consœurs viennoises... C'est assister, d'une certaine manière, aux premiers balbutiements de ce qui deviendra, quelques décennies plus tard, la sonate pré-romantique dont Schubert se fera le héraut (un exemple, l'Hob.XVI:51)...

Franz Joseph Haydn (1732-1809) à son clavier
Dès l'Allegro de la Do Majeur Hob.XVI:50 (la numérotation de ces sonates, soit dit entre parenthèses, a toujours été un sujet de surprises ! 52 chez l'un, 62 chez l'autre... Pourrait-on un jour mettre un peu d'ordre dans tout ceci ?...), dès l'Allegro, donc, nous sommes saisi par un agacement... Ou bien le piano-forte sonne mal, ou bien la prise de son est déficiente. Émane de tout ceci une certaine sonorité métallique qui, tout au long de ladite sonate, nous laisse pour le moins perplexe.

Les choses s'arrangent nettement avec la Hob.XVI:52. L'instrument sonne ici plus agréablement, et permet de nous faire enfin savourer le jeu de Mathieu Dupouy : délié, souriant, racé - des qualités que l'on dénotait déjà, avec bien d'autres,  dans ses précédents albums de sonates de Domenico Scarlatti ou de Carl Philippe Emmanuel Bach (Pensées nocturnes), confiés au même éditeur...

En revanche, c'est à nouveau le piano-forte qui, de par sa sonorité, contribue à donner malheureusement de la Hob.XVI:51 une lecture plus qu'hasardeuse... Cette sonate mérite-t-elle donc cette "langueur", ce jeu comme "hésitant'"... Nous pourrions (dans le finale, par exemple)  jusqu'à nous demander si nous n'assistons  à un déchiffrement à vue !

Que l'on nous entende: ce n'est pas la technique superlative de l'artiste qui est ici en cause, mais bien une certain style donné à ces sonates, donc l'interprétation elle même, et surtout le son produit par ce pianoforte précis - lequel, véritablement, n'aide pas à écouter et réécouter avec plaisir ce recueil.

Nous pouvons dés lors légitimement nous demander si le choix d'un piano moderne, en lieu et place d'un clavier d'époque, n'eût pas été plus judicieux. En effet, malgré les réussites historicistes incontestées de Christine Schornsheim ou Andreas Staier, maints pianistes - entre autres Glenn Gould, Svjatoslav Richter, Clara Haskil, Alfred Brendel, Catherine Collard, Alain Planès, Leif Ove Andsnes, Ivo Pogorelich, Walter Olbertz, Frédéric Vaysse-Knitter (1) -  nous ont prouvé, chacun à sa manière, combien ces pages peuvent sonner admirablement sur des instruments actuels.

Car, malheureusement, la grisaille (que le visuel sinistre du CD Hérisson semble vouloir placer en exergue) se poursuit à l'identique au cours les deux variations, ne nous donnant qu'une idée plutôt limitée du génie de Joseph Haydn. Il ne fait aucun doute pour nous que Mathieu Dupouy saura trouver, lors de son prochain enregistrement, un contexte mieux à même de mettre en valeur toute l'étendue de son talent.

(1) Appoggiature a eu l'occasion de rendre compte, l'an passé, d'un magnifique disque Szymanowski signé de Frédéric Vaysse-Knitter. Cliquez pour lire l'article.

 Pièces à l'écoute simple, en bas d'article  Sonate Hob.XVI:50, 3° mouvement : Allegro - Sonate Hob.XVI:52, 2° mouvement : Adagio - Sonate Hob.XVI:51, 1° mouvement : Andante ‣ © Label Hérisson 2012.

 Cliquez pour lire l'entretien avec Mathieu Dupouy, au sujet de ces Haydn, sur le site Piano Bleu

 Joseph Haydn (1732-1809) - Sonates Hob.XVI:50, 51 & 52.
Variations Hob.XVII:6 & Hob.XVII:Annexe "Gott erhalte Franz der Kaiser".
Mathieu Dupouy, piano-forte Jakob Weimes, Prague, ca 1807

 Un disque Hérisson pouvant être acheté ICI.



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