dimanche 7 avril 2013

❛Concert❜ Les Métaboles (notre "Ensemble de 2012"), "Voix & Orgue" ● Triptyque sacré 'Mendelssohn-Brahms-Fauré' de niveau tout à fait exceptionnel aux Billettes.

L'Ensemble vocal Les Métaboles à l'issue du concert des Billettes, © Jacques Duffourg
Comme il en a désormais l'habitude, l'Ensemble Vocal les Métaboles, que dirige le chef d'orchestre et de chœur Léo Warynski (notre Ensemble de l'Année 2012, lire notre rétrospective annuelle), a tenu les 29 janvier et 2 février derniers ses quartiers d'hiver à l'Église des Billettes, dans le IV° arrondissement de Paris (lire notre chronique enthousiaste sur la Veillée Russe du 1er février 2012). Et comme à l'accoutumée, les musiciens ont pris soin de nouer, autour de leur programme, un fil solide, lequel s'enroulait cette fois autour de la musique chorale sacrée, avec orgue, des XIX° siècle allemand et français : Felix Mendelssohn, Johannes Brahms... et Gabriel Fauré.

Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, © Concours de Chartres
En apéritif, l'atypique O salutaris hostia - à l'obsédant "cancanement" central, proche de l'onomatopée - du compositeur lituanien Vyautas Miskinis (né en 1954), vient nous rappeler que ces artistes intègrent toujours à leurs programmes des compositeurs vivants (Dimitri Tchesnokov l'an dernier, Arvo Pärt en 2010, par exemple). Toutefois, en terme de durée du moins, ce sont les Psaumes de l'opus 96 de Mendelssohn ainsi que le célébrissime Requiem de Fauré qui occupent la majeure partie de la soirée. Comme le suggère le titre du récital, "Voix et Orgue", le Mühleisen à vingt-neuf jeux de 1983 des Billettes, confié à Baptiste-Florian Marle-Ouvrard (ci-contre), a aussi son mot à dire - et il le dit merveilleusement, autant avec les choristes qu'en solitaire (dans le très luthérien Prélude et Fugue de Mendelssohn et les deux admirables Chorals-préludes de Brahms).

Léo Warynski, © d'après son site
Brahms ! Intrigante, une Messe (Missa Canonica) de sa main, quasi inconnue et d'ailleurs incomplète si ce n'est inachevée, vient prendre place après le Miskinis. Privée de Gloria et de Credo, cette pièce sidérante égrène ainsi quatre sections (Kyrie-Sanctus-Benedictus-Agnus Dei) d'une concision aussi impressionnante, que de redoutable difficulté technique, l'Agnus en particulier imposant une rude épreuve aux ambitus des divers pupitres (1).

Sa force spirituelle, littéralement extra-ordinaire, provient à la fois du dépouillement austère de ses longues lignes et de son caractère composite, synthétisant, en un survol radical, des siècles d'inspiration et de styles d'écriture sacrée "germanique". C'est tout l'art d'un Schütz, d'un Weckmann puis d'un Buxtehude, qui nous interpelle, bien sûr, dans ce Kyrie si polyphonique ; cependant, très vite, la combinaison Sanctus-Benedictus (avec reprise de l'Hosanna) récapitule toute la science viennoise (Haydn, Mozart, Schubert). Enfin, l'Agnus déjà cité déploie toutes grandes les ailes de prospectives inattendues, y compris sur le plan harmonique, depuis les proches Psaumes de Mendelssohn ou Motets de Bruckner... jusqu'au XX° siècle (certaines trouvailles des Vêpres de Rachmaninov, que les mêmes Métaboles chantèrent - et qui sait, en France, jusqu'à Messiaen, Duruflé ou... Escaich ?).

Guilhem Terrail, © d'après son site
Mendelssohn, justement, ne pâtit pas du voisinage d'une telle déflagration, les Psaumes de l'opus 96 apportant en contrepoint un apaisement délicieux, ceci dit indemne de toute mièvrerie. Le niveau d'équilibre des volumes (et de grâce) atteint par Warynski (ci-dessus) et les siens (2), entre sa phalange homogène et les registrations subtiles de Marle-Ouvrard, trouve sa clef de voûte dans le matériau d'alto (solo) de Guilhem Terrail (ci-contre) : humilité, piété et aplomb impeccables n'ayant d'égaux que le velouté d'un timbre doux et hypnotique, idéalement prédisposé à une oraison pastorale.

Plus particulier encore - puisque Léo Warynski a procédé à une réduction pour orgue, d'après la partie originale dévolue à "l'instrument roi" - s'avère le Requiem de Fauré. Non seulement, sa lecture, très lente et recueillie n'en pâtit pas, mais elle semble comme y gagner encore de la foi, tant le toucher aussi délicat qu'enveloppant de Marle-Ouvrard paraît façonné pour l'illustre chef d'œuvre ! Les choristes, de toutes les tessitures, ne sont pas en reste : leur homogénéité, leur respiration calme et aérée, ainsi que la pointe d'ésotérisme conférée au texte latin (davantage que chez Brahms) offrent un écrin sur mesure aux solistes des Libera me et Pie Jesu (3), qui ne le déparent en aucune façon.

L'ensemble, disposé en forme de "M", © d'après son site et sa page Facebook
Le chef prévient après l'ovation : derrière un tel monument, offrir un bis relève de la gageure. Il en a trouvé un, malgré tout, le plus élevé, le plus approprié qui soit pour exalter, et l'orgue, et la voix. De Fauré toujours - d'une brièveté qui fait les vraies grandeurs -, le Cantique de Jean Racine tire la révérence, à fleur de doigt et de lèvre.

La prochaine démonstration (peut-il en être autrement ?) de ce chœur juvénile, à géométrie variable et à talent constant, est prévue ce 20 avril prochain au Conservatoire de Région de la Rue de Madrid, avec la (re)création des Paraboles de Noël Lee.


(1) La notice du concert stipule à quel point ces exigences hors du commun, spécialement à l'égard des altos, ont empêché que les premières parties achevées de la Messe, jugées injouables, n'aient jamais été offertes au public du vivant de son auteur. Un argument qui plaide plus, par conséquent, en faveur d'une incomplétude que d'un inachèvement.

(2) Avec un ténor manquant lors de la soirée du 2 février, voilà qui ne fait que rendre la prestation plus méritante !...

(3) Respectivement : Pierre Mervant, baryton et assistant de Léo Warynski ; puis Cécile Pierrot (le 29/1) et Lorraine Tisserant (le 2/2).


L'affiche du concert
  Paris, Église des Billettes, 29/01 & 02/02/2013 : "Voix et Orgue", un programme sacré de l'Ensemble Choral Les Métaboles.
Orgue : Baptiste-Florian Marle-Ouvrard. Direction : Léo Warynski.

‣ Vyautas Miskinis : O salutaris hostia - Johannes Brahms : Herzliebster Jesu (Chorals-Préludes op. 122 n°2), orgue - Brahms : Messe. - Felix Mendelssohn : Prélude & Fugue n°2 de l'op. 37, orgue - Mendelssohn : Trois chants sacrés (psaumes) pour alto, chœur et orgue, op. 96 - Brahms : Herzlich tut mich verlangen (Chorals-Préludes op. 122 n°2), orgue - Gabriel Fauré : Requiem, Cantique de Jean Racine (bis).

Les Métaboles offriront le 20 avril prochain à 17 heures au Grand Auditorium du  Conservatoire de Région de la Rue de Madrid, à Paris, Paraboles, une crétion de Noël Lee

2 commentaires:

  1. Très belle critique d'un concert que j'avais beaucoup apprécié.
    Christian P.

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    1. Merci pour ton commentaire, cher Christian !
      Si elle est "belle", admettons... c'est qu'elle est à l'image des artistes qui l'ont inspirée... Tout simplement ! :)
      À bientôt sur ces colonnes... Jacques

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